Kermânshâh

 
 

A l’ouest de l’Iran, au pied des monts Zâgros, au bout d’une route, apparaît la silhouette en pierre d’une dame endormie. Cette dame n’est que Shirin, personnage légendaire de la poésie persane, dont l’histoire tragique fut versifiée par le poète persan Nezâmi. Cette forme féminine gigantesque est en réalité le mont Bistoun, symbole de la grande province de Kermânshâh. Cette région fut, dans un passé assez lointain, spectatrice des douleurs de l’amant malheureux Farhâd. Au nom de son amour platonique pour Shirin, il creusa et creusa sans fin la pierre de la montagne jusqu’à ce qu’il entende la fausse nouvelle de la mort de sa bien-aimée. Désespéré, il cessa de travailler et se donna la mort en se jetant du sommet de la montagne. Ainsi selon des habitants de la ville, la dame endormie représenterait la statue de Shirin sculptée par les mains de l’amant Farhâd. Cette histoire fait partie des légendes les plus populaires de Kermânshâh, mais la ville doit cependant sa renommée à des faits historiques plus authentiques, ainsi qu’à sa géographie et à son emplacement stratégique.

La route principale de la province est en réalité celle qui joignait à l’époque, Hegmatâneh, la capitale des Mèdes et plus tard celle des Achéménides, à la Mésopotamie. C’était notamment la voie de passage des caravanes commerciales aussi bien que des armées partant en expédition. Elle faisait également partie de la Route de la soie. De par son ancienneté, elle est jalonnée de nombreux sites et monuments historiques.

D’après des recherches archéologiques, les premiers hommes à peupler la zone furent des néandertaliens qui résidaient dans la grotte de Shekârtchiân (des chasseurs) du mont Bisotoun, il y a environ 40 000 ans. De même, ce fut la zone dans laquelle se forma l’un des premiers villages de tout le Moyen-Orient il y a près de 11 000 ans, et où se développa l’élevage de moutons et de chèvres. C’est dans ce village appelé Gandj darreh (la vallée du trésor) que des archéologues ont découvert les plus anciennes poteries d’Iran. Cette province montagneuse porte donc les traces de civilisations très anciennes et regorge de nombreux sites archéologiques et historiques, parmi lesquels les quatorze tours du silence appartenant à l’époque mède, l’inscription de Darius, la forteresse du roi sassanide Yazdgerd, le temple d’Anâhitâ (déesse de la beauté), ou encore l’arche Bostân ou tâgh-e bostân en persan. De surcroît, la ville abonde en bazars anciens, mausolées, mosquées, hammâm traditionnels ainsi qu’en anciens caravansérails datant notamment de l’époque ilkhanide. Parmi les monuments les plus dignes d’attention, nous pouvons citer le sanctuaire de Hazrat-e Ibrâhim, la mosquée d’Emâdoddoleh, ou encore lehammâm de Hadj Shahbâzkhân.